AMYGDALA

Complex combat

(Soleil Zeuhl 18 // CD)

Extraits mp3

Extrait

Second CD de ce groupe japonais sorti par Soleil Zeuhl. Le duo du premier disque s’est agrandi avec Daniel Jeand’heur (ONE SHOT) à la batterie et Kenichi Oguchi (KENSO) aux synthétiseurs sur 2 titres. Les compositions sont dans la même veine que celles du premier album mais plus sauvages : une zeuhl très sombre (PRESENT, UNIVERS ZERO) avec des compositions complexes, typiquement japonaises, qui quelquefois approchent les explosions sonores de RUINS.

Décidément, ce n’est pas avec ce disque que les Japonais vont se défaire de leur réputation d’extrémisme musical ! Avec ce second album explorant des territoires très différents, on comprend vite que cette musique n’est pas très accessible, et que son aspect radical risque de faire fuir de nombreux auditeurs au premier abord. Les mélodies sont souvent reléguées au second plan, voire inexistantes par moments (« Mole’s Egg »), et font place à des motifs pour la plupart atonaux, qui créent successivement une certaine logique. La construction des morceaux, bien que résolument travaillée, est tellement chaotique que la cohérence générale en devient difficile à discerner. Les titres passent en l’espace de quelques secondes d’une atmosphère tendue à un déferlement de notes assez déstabilisant. Les deux Japonais du trio, Yoshiyuki Nakajima et Yoshihiro Yamaji, s’occupent des principaux instruments, tandis que le Français « touche-à-tout » Daniel Jeand’heur (One Shot, Pienza Ethnorkestra, Snake Oil…) rejoint le groupe à la batterie. Bien que le jeu de ce dernier soit plutôt orienté vers le jazz, il réussit à s’adapter à l’ensemble pour soutenir efficacement les morceaux. Sa présence se révèle indispensable, rajoutant du naturel dans une musique qui, par essence, reste plutôt froide et déshumanisée.

La rythmique est un des éléments majeurs d’Amygdala, car elle est perpétuellement poussée dans ses derniers retranchements, faisant office d’une assiste extrêmement complexe pour ces musiciens fous. On pense notamment à l’album solo de Frederik Thordendal, Sol Niger Within, qui mélangeait de façon similaire les motifs rythmiques. Ceci dit, contrairement à ce dernier qui utilisait des plages très courtes, Amygdala expose sur Complex Combat des compositions pour la plupart assez longues. On peut donc s’interroger sur l’intérêt d’une telle densité de sections instrumentales qui peuvent rapidement donner la migraine en cas d’écoute non attentive. En allant encore plus loin que les groupes de Zeuhl et de noise japonais (Ruins, Koenjihyakkei, Bondage Fruit…), la musique d’Amygdala apparaît comme une mixture des courants les plus radicaux de l’univers du rock progressif, et de techniques de composition difficiles à mettre en œuvre. À ne réserver qu’aux amateurs de sensations fortes donc, car ce Complex Combat porte bien son nom… Bien qu’une certaine période leur sera toujours nécessaire pour « comprendre » les enjeux du groupe, ils pourront toujours apprécier une telle esthétique, avec modération toutefois !

Jérémy BERNADOU (progressia.net)

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