OLIVE MESS

Gramercy

(Soleil 08 // CD)

OLIVE MESS est un jeune groupe de LETTONIE (ex-URSS) dont la musique profondément originale est marquée par la présence de la superbe soprano Ilze Paegle.

Le groupe a été créé par Denis Arsenin (basse), Alexey Syomin (guitare classique, baroque et électrique) et Edgar Kempish (batterie) en novembre 1998.
Durant deux ans le groupe a existé sous forme de trio et a joué une musique dans le registre progressif, influencé à cette époque par Gentle Giant, Univers Zero et King Crimson.
Le nom du groupe a été choisi en l’honneur du compositeur Français Olivier Messian.

En 2001 Lilia Voronova (claviériste, ex-« Biosfera ») rejoint le groupe.
Pour les sessions d’enregistrement de l’album « Gramercy » Ilze Paegle (soprano) a été invitée. Ilze étudie le chant classique au conservatoire National de Lettonie. Bien que son répertoire aille de Hildegard von Bingen (11e siècle ) aux compositeurs contemporains, son registre préféré porte sur les œuvres de la Renaissance et de la période Baroque.
Elle a participé à plusieurs opéras : Haendel « Acis et Galatea », D.Cimarose « Secret marriage » (deux productions jouées en Lettonie) et J.B.Lully « Isis » (tournée en Grande-Bretagne).
Avec d’autres ensembles, elle a donné des concerts en Lettonie, Lituanie, Estonie, Grande-Bretagne, Italie, Belgique, Allemagne et Australie.

« Gramercy » est un ambitieux concept-album basé sur divers évènements historiques de la période Médiévale Française.
5 longs morceaux (63 minutes) qui forment un opéra électrique moderne, influencé tant par certains compositeurs Français classiques (Olivier MESSIAN mais surtout LULLY) que par KING CRIMSON quand la musique atteint son pic électrique. Et marqué par la superbe voix de Ilze.

Un enregistrement original, à découvrir pour les oreilles curieuses, au carrefour de plusieurs musiques : progressive, classique baroque, contemporain, RIO…

Après avoir œuvré, avec le succès que l’on sait (succès artistique avant tout, mais avec un réel écho à l’échelle internationale), dans le créneau musical qu’il connaît le mieux, celui des héritiers de la « Zeuhl music » chère à Magma, Alain Lebon a choisi pour la huitième référence de son label de sortir encore un peu plus des sentiers battus… Mais la surprise avec ce CD d’Olive Mess est que, loin de s’être fourvoyé dans une quelconque surenchère avant-gardiste, comme auraient pu le craindre certains, il a jeté son dévolu sur une formation au potentiel fédérateur inédit dans son écurie, bien au-delà même de ce qui avait pu être le cas pour la réédition, largement appréciée, de l’excellent album de Dün.

Olive Mess est une jeune formation lettone dont la musique se situe à la croisée de diverses écoles et traditions. Si son patronyme fait référence au fameux compositeur français Olivier Messiaen, la piste qu’il suggère est trompeuse car les influences classiques, bien réelles, du groupe sont à rechercher plutôt dans des temps plus reculés (pour rester en France, on citera notamment Lully). Par ailleurs, pour ce qui concerne le rock progressif, ce sont des formations comme King Crimson, ou dans une moindre mesure Gentle Giant ou Univers Zéro, qui ont balisé un parcours artistique débuté en novembre 1998.

Si la mention de ces noms prendra son sens à l’écoute de Gramercy, elle est loin de suffire à circonscrire le champ stylistique couvert par Olive Mess. C’est du reste en cela que les Lettons peuvent revendiquer le qualificatif « progressif » dans son sens premier et originel : celui qui implique la capacité à surprendre et à proposer un mélange inédit d’ingrédients musicaux issus des horizons les plus divers.

Cette qualité transparaît en fait dans la constitution même de la formation, et bien sûr dans son originalité la plus immédiatement évidente : la présence en son sein d’une soprano, Ilze Paegle. Celle-ci peut se prévaloir d’un parcours substantiel dans les sphères classiques, ayant étudié le chant au conservatoire national de Lettonie et tourné internationalement, notamment pour des représentations d’opéras comme Acis Et Galatea d’Hændel ou Isis de Lully. Cet élément inhabituel est venu sur le tard se greffer à un noyau plus conventionnel, dans un contexte progressif, constitué de Denis Arsenin (basse), Alexey Syomin (guitares) et Edgar Kempish (batterie).

Concept-album ambitionnant d’illustrer musicalement divers événements historiques de la période médiévale française, Gramercy s’avère logiquement être le reflet fidèle de cette greffe stylistique en cours de réalisation. À savoir que les différents ingrédients qui interviennent dans le mélange des genres qu’il propose, sont présentés plus souvent en alternance que simultanément – un peu comme une bouteille de vinaigrette qui n’aurait pas été secouée, et dont on pourrait encore voir les ingrédients sous forme de couches superposées.

Deux types de séquences se succèdent ainsi. D’une part, des moments intimistes, presque totalement acoustiques, faisant intervenir guitare classique, luth et chant. La voix d’Ilze Paegle s’y montre souvent étonnamment proche de celle de Joan Baez à ses débuts, c’est-à-dire impressionnante de pureté, de grâce et couvrant un registre d’une amplitude exceptionnelle. D’autre part, des passages rock et électriques, presque totalement instrumentaux (deux plages, de 5 et 10 minutes, le sont du reste exclusivement), à l’écriture d’une rare sophistication, parfaitement exécutés et dominés par une guitare au jeu très original, imprégné de technique jazz (assurant simultanément les rôles mélodique et rythmique) sans toutefois en utiliser le vocabulaire harmonique. Nous avons clairement affaire ici à un instrumentiste de premier plan.

Cette juxtaposition de styles, parfois proche d’une forme de copier-coller, pourrait être stérile, voire confiner au non-sens artistique, si dans un cas comme dans l’autre, l’inspiration n’était invariablement au rendez-vous, dans des registres qui pourtant font appel à des qualités de composition bien différentes. Les séquences acoustiques, d’inspiration folk ou médiévale, sont d’une beauté qui parvient toujours à éviter la joliesse ou la mièvrerie ; quant aux séquences rock, elles savent rester suffisamment sobres et mélodiques pour que le contraste ne soit pas brutal au point d’être rédhibitoire. La longue suite « Stefan, The Shepherd Boy » (21 minutes), placée à mi-parcours, tire assurément le meilleur parti de cette complémentarité.

Pour autant, il n’est pas interdit de souhaiter que la cohabitation évolue à l’avenir vers une réelle fusion. Encore faudra-t-il que les différents éléments en présence se mêlent harmonieusement les uns aux autres, ce qui n’est pas forcément acquis. Le morceau-titre, qui ouvre les festivités, est le seul dans lequel la voix d’Ilze Paegle se confronte aux rythmes rock et à l’électricité, une rencontre pas vraiment convaincante à mon goût : le chant y fait montre de maniérismes absents de ses autres interventions, le décalage stylistique qui en résulte pouvant apparaître pittoresque, mais aussi quelque peu rebutant si l’on est partisan d’un chant plus « naturel », loin de l’affectation outrancière souvent prisée dans les opéras. On pourra également souhaiter, à l’avenir, une présence moins anecdotique des claviers de Lilia Voronova, cantonnés d’un bout à l’autre de l’album à un rôle d’accompagnement, qui plus est très discret. Heureusement que le brio guitaristique d’Alexey Syomin relativise considérablement cette réserve.

Si l’on perçoit donc des marges de progression possibles dans différents aspects de l’art musical d’Olive Mess, il n’empêche que ce premier album ne saurait être assimilé aux premiers essais maladroits qui pullulent, particulièrement en ces temps où la réalisation d’un album est accessible au premier-venu. C’est plus dans la consolidation de son identité collective que dans la maturation de ses savoir-faire individuels, déjà fort éloquents, qu’Olive Mess devrait trouver très rapidement matière à surpasser ce Gramercy déjà remarquable et fruit d’un talent singulier que l’ensemble de l’auditoire progressif s’accordera très vite, je n’en doute pas, à lui reconnaître.

Aymeric LEROY, BIG BANG Magazine

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