SETNA

Cycle 1

(Soleil Zeuhl 17 // CD)

Extraits mp3

Extrait 1
Extrait 2

Ce nouveau groupe français sort enfin son très attendu premier album. Le CD est constitué d’un long morceau séparé en plusieurs parties. Le line-up est classique, avec une superbe voix féminine. On navigue entre des climats sombres et d’autres sereins avec une voix cristalline. Aux frontières du Jazz, de la Zeuhl, de la Pop et d’ambiances atmosphériques. Un CD à être écouté, ré-écouté pour révéler sa magie. Digipack.

Amis du jazz, de la zeuhl et des musiques ambitieuses, Setna vient de composer pour vous une petite merveille qui devrait prendre sereinement sa place dans la liste des meilleurs albums de 2008. Émanation du collectif Sésame, ce groupe français ne restera pas inconnu bien longtemps tant il franchit l’exercice du premier album avec un brio et une finesse réellement surprenants.

Pour décrire Cycle 1 il faut imaginer une vaste et fascinante méditation sur l’éveil spirituel où chaque note, chaque mélodie semble habitée d’un sens étonnant de la profondeur et du mystère. Reconnaissons que ce type de concept a produit plus d’assommantes naïvetés musicales que de grands disques. Seulement, loin du flux monotone et ennuyeux des affectations New-Age, Setna a eu le talent de développer une vraie pulsion et une émulation poétique, plus proches de certaines œuvres emblématiques de Sun Ra, (comme l’illustre Lanquidity), que des voies éthérées des enfants de Popol Vuh. Les amateurs du « philosophe cosmique » sauront apprécier.

Sur la forme comme sur le fond, cette thématique mystique de Cycle 1, évidente ne serait-ce qu’à travers les titres de l’album, est traitée avec une grande justesse en laissant percer, en toute logique, un univers plus conflictuel et plus énergique qu’il n’y paraît. C’est que le travail spirituel n’est pas une mince affaire et que les mollesses mystiques n’y sont pas plus bienvenues que les violences du monde matériel. Aussi, à partir du titre « Intuition », nous sommes emportés peu à peu vers des contrastes rythmiques plus marqués et un traitement instrumental plus dense. La voix de Natacha Jouët, proche de celle de Petronella Nettermalm, y fait des merveilles. L’album s’achève alors sur « Unité », sans conteste le fleuron de l’album et qui possède un tempérament plus typiquement Zeuhl. Fusion parfaite et très charnelle entre le jazz et le rock, ce titre a la particularité d’être en plus rehaussé d’un solo exceptionnel du guitariste James Mc Gaw, musicien de Magma et One Shot, entre autres. Un vrai frisson parcourt cette plage.

La Zeuhl, décidément, n’en finit pas de se revivifier depuis plus de quarante ans ! Mais pour aborder sainement la musique de Setna, il vous faudra oublier les habituelles saillies sauvages de Magma et vous laisser immerger par une expérience sonore impossible à segmenter. Aussi légère et pénétrante qu’une pluie fine, souveraine dans son pouvoir d’édification, la musique de Setna vous convaincra que, tout en redonnant de la beauté à la musique, on peut lui redonner également un sens. Une vraie merveille.

Christophe MANHÈS (progressia.net)

Ce sextette rouennais, mené par le batteur-compositeur Nicolas Candé, s’est fait remarquer pour la première fois en 2004 en diffusant quelques bribes prometteuses de ses premières répé­titions, générant un « cyber-buzz » considérable auprès des amateurs de progressif tendance zeuhl et/ou Canterbury. Des avant-goûts allé­chants, mais frustrants, dont il fallut attendre la prestation de Setna aux Tritonales 2005 pour évaluer la pertinence.
De ce concert, on aura gardé une impres­sion globalement positive, mais avec néan­moins quelques réserves. D’un côté, des qualités musicales plus que certaines, que ce soit au niveau de la compétence instrumen­tale, de certains thèmes marquants ou, plus globalement, d’une proposition artistique aventureuse et ambitieuse, sorte de suite à rebondissements d’une quarantaine de minutes. De l’autre, le côté un peu téléphoné et complaisant de la mise en vedette à tour de rôle de chaque musicien, et surtout cette décision de jouer dans une quasi pénombre, que d’aucuns auront pu interpréter comme prétentieuse.

Trois ans et quelques ajustements de personnel plus tard (deux nouveaux prépo­sés au chant et aux vents), voici enfin le premier album de Setna, sur le label Soleil Zeuhl d’Alain Lebon ressuscité pour l’occa­sion (c’est une autre bonne nouvelle). De la première écoute, on retient l’impression d’une réalisation extrêmement soignée à tous points de vue, au point que l’on pourra trouver suspecte cette perfection sans aspé­rités. L’univers sonore est très familier, ancré dans une esthétique très seventies, quelque ­part entre Magma et Soft Machine époque Six, avec cycles entrelacés de Fender Rhodes, ce soutien rythmique subtil et dis­cret, déclinant des métriques le plus souvent impaires, et le rôle mélodique tenu tour à tour par le chant, le sax soprano et le synthéti­seur.

Ce qui trouble, par contre, c’est l’atmo­sphère générale paisible et méditative, privi­légiant la répétitivité doucement hypnotique aux emportements électriques qui sont habi­tuellement les points culminants de ce style de musique. Certains auront par conséquent l’impression qu’il manque ici l’essentiel, que Setna passe ces cinquante et quelques minutes à préparer le terrain à une apothéo­se qui ne vient jamais. De fait, l’un des moments, voire LE moment, où le groupe se « lâche » le plus sur cet album, c’est la plage introductive. Pas besoin d’être extra-lucide pour comprendre que Setna a voulu tenter autre chose.

Cette impression générale de sérénité remet en perspective ce qu’on avait pu prendre pour une posture prétentieuse, révé­lant quelque-chose qui s’apparente plutôt à une forme de mysticisme. On le perçoit dans cette façon de construire avec une infinie patience des progressions dynamiques qui alternent phases de sur-place et lents cres­cendos. Le mouvement peut parfois sembler imperceptible si l’on ne s’immerge pas com­plètement dans la musique, si l’on refuse de se soumettre à son pouvoir hypnotique. On trouvera alors les treize minutes du troisième morceau, « Intuition », frustrantes, pour ne pas dire interminables, et l’on attendra la seconde moitié de l’album, à partir de « Conscience », où l’écriture gagne en densité et en consis­tance, pour que l’enthousiasme commence à l’emporter franchement.

Que l’on soit dans l’un ou l’autre de ces deux cas de figure, le bien-nommé « Unité », dont les onze minutes concluent les festivi­tés, saura faire l’unanimité autour de lui. Setna bénéficie ici d’un renfort de choix en la personne du guitariste de Magma et One Shot, James Mac Gaw, dont le chorus orchestre une irrésistible montée en puissan­ce tout au long de la première moitié du mor­ceau, qui nous emmène d’une entrée en matière quasiment free à une phase finale éblouissante où le Moog prend le relais avec tout autant de brio.

Finalement, ce très beau disque, que l’on aurait été tenté de présumer réservé aux seuls amateurs d’avant-prog, révèle un potentiel fédérateur inattendu qui le destine tout autant, sinon plus, à ceux d’un progres­sif plus classique. Mélodieuse, envoûtante hypnotique, intemporelle dans son esthé­tique, la musique de Setna affirme ainsi sa singularité, dans un juste milieu sans com­promission entre deux qualités que l’on a décidément tort de penser contradictoires : l’accessibilité et l’intégrité. Une confirmation donc, que l’on pourra bientôt vérifier sur scène, puisque Setna sera de retour au Triton le 18 juin, en double-affiche avec les Italiens de DFA (alléchant, non ?), dans le cadre des Tritonales 2008.

Aymeric LEROY, BIG BANG n° 69, juin 2008

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