XING SA

Création de l’univers

(Soleil Zeuhl 24 // CD)

XING SA est un trio issu de SETNA (qui continue par ailleurs à exister en parallèle à ce projet). Une musique zeuhl/progressive avec de longs développements et des structures de composition plus rock et plus directes que SETNA. Avec la participation de Yannick Duchene-Sauvage (NEOM). Une musique puissante et spirituelle qui ravira à la fois les amateurs de Zeuhl (compositions, puissance) et de progressifs (longs développements presque exclusivement instrumentaux, superbes sons de moog ala Benoit Widemann).

C’est avec en tête le splendide Cycle I de Setna que l’on attendait impatiemment ce premier album de Xing Sa. Loin d’une redite, la particularité de ce nouveau projet du collectif Sesame-7 est d’être totalement ajusté cette fois à la personnalité du claviériste Nicolas Goulay et son usage révérencieux des vieux claviers comme l’orgue, le Rhodes et le Minimoog. Accompagné de deux autres membres de Setna, Nicolas Candé à la batterie et Christophe Blondel à la basse, l’entreprise a de quoi intriguer, surtout si l’on se réfère à la musique déjà produite par ces excellents musiciens généralement tournés vers une expression musicale subtile et contemplative, à mille lieux des forfanteries habituelles du rock progressif.

Création de l’univers dans les platines, il est évident que la part la plus convaincante de cette ambitieuse illustration musicale des éléments naturels, réside dans – ce qui peut paraître contradictoire – l’originalité du style néo-seventies de Nicolas Goulay. Le musicien est parvenu à ligaturer la part hypnotique de la zeuhl à la délicatesse du jazz-rock du Canterbury, à l’aide d’un somptueux ruban de son influencé par la Berlin School dont Tangerine Dream fut l’un des pionniers.

Adroitement guidée par l’inspiration de Nicolas Goulay, la musique sonde sa propre matière avec une souplesse et une sensibilité indiscutable. La seule chose que l’on puisse reprocher à Xing Sa, c’est un manque de folie et de contraste qui empêchent malheureusement de rester de bout en bout collé à l’écoute d’un album un peu trop long. Entre ses amples vagues sonores et ses ingrédients zeuhl, le disque laisse un peu trop souvent les tensions se distendre. Du coup, sans cette étincelle, difficile de hisser Création de l’univers à la hauteur par exemple d’une œuvre comme Elixir de Guapo, mieux assaisonnée. Peu importe, les nombreux amateurs de claviers vintage et de grandes plages instrumentales devraient adorer ce beau et pénétrant travelling impressionniste et poétique.

Christophe Manhès (progressia.net)

En découvrant ce trio réunissant la moitié de l’effectif du groupe rouennais Setna, on se prend inévitablement à essayer d’anticiper par déduction logique la nature de la musique qu’il va nous proposer. L’hypothèse la plus tentante étant une escapade de son assise rythmique (claviers, basse et batterie) sur un terrain plus spontané, au sein d’une unité instrumentale plus manœuvrable. Mais s’il n’est pas à exclure qu’une telle mobilité ait pu stimuler ses membres, le distingo essentiel se situe en réalité ailleurs : à savoir qu’alors que Setna joue un répertoire conçu par le batteur Nicolas Candé, Xing Sa est pour sa part l’émanation du claviériste Nicolas Goulay. C’est donc cette fois au tour du premier de servir la vision musicale du second.

Ceci étant dit, les deux projets, sans doute du fait de leur effectif partagé (auquel il faut donc ajouter le bassiste Christophe Blondel), n’ont rien d’antinomique. On peut même voir en eux deux variantes d’une même esthétique. On note pour commencer la même sobriété, la même rigueur, dans l’emballage du propos : ici, une série de cinq ensembles (durant entre 10 et 16 minutes), diptyques ou triptyques, baptisés Feu, Terre, Métal, Eau et Bois. À ces atours simili-conceptuels répond un désir évident de dramatisation du propos : certes, les exploits instrumentaux, collectifs ou individuels, sont bel et bien le cœur du propos, mais ils sont soigneusement amenés et mis en scène, inscrits dans un parcours atmosphérique et émotionnel qui leur confère une puissance allant bien au-delà d’une simple démonstration de force de type jazz-fusion.

Comme chez Setna, la texture d’ensemble demeure, à l’échelle des musiques progressives, assez intemporelle : le clavier dominant est le Fender Rhodes, qui déploie des motifs cycliques lancinants, que la section rythmique vient régulièrement propulser à coups de montées d’adrénaline négociées avec une grande finesse, mais aussi parfois, une puissance tellurique typiquement zeuhl. Cette généralisation souffre toutefois plus d’une exception : d’autres claviers comme l’orgue Hammond ou le synthé (le premier thème, serpentin et tarabiscoté, du premier mouvement, évoque furieusement le meilleur Area), mais aussi des invités, le saxophoniste Gilles Wolff dans le mouvement final, plus typiquement jazz-rock mais non moins jubilatoires, et surtout Yannick Duchesne, le leader de Néom, pour de substantielles contributions vocales, tellement caractéristiques que l’on a presque l’impression par moments d’écouter son propre groupe. Il est en tout cas réjouissant de voir les groupes du label d’Alain Lebon ressusciter une tradition de collaborations transversales un peu trop rare de nos jours (l’excellent chorus de James MacGaw sur l’album de Setna en était un autre exemple éloquent).

Une nouvelle franche réussite à l’actif du collectif rouennais en tout cas, et si sa productivité discographique reste un peu trop faible à notre goût, c’est sans doute le prix à payer, non seulement pour les conditions peu enviables dans lesquelles les musiciens de cette obédience doivent opérer aujourd’hui, mais aussi pour un perfectionnisme qui, pour sa part, s’avère indéniablement payant : les albums de Setna et Xing Sa, longuement et soigneusement pensés à chaque étape de leur conception, font indéniablement partie des rares productions du genre, a fortiori hexagonales, dont on ne doute pas qu’elles seront régulièrement extraites de nos étagères au cours des mois et des années à venir. Alors, merci d’avance de persévérer encore, les gars !

Aymeric LEROY

Haut de page