SHUB NIGGURATH

INTRODUCTION

(Soleil Zeuhl 22 // CD)

Extraits mp3

Extrait 1
Extrait 2

Réédition CD de ce grand classique de Zeuhl sombre, enregistré en 1982 et sorti à l’époque uniquement sous forme de cassette. Un des morceaux (« Yog Sothoth ») sera plus tard ré-enregistré et inclus sur le premier album officiel du groupe « Les morts vont vite ». Musique sombre, imaginative, ouverte – un complément INDISPENSABLE au 1er album. Format DIGIFILE.

« Introduction » est la réédition d’une cassette démo publiée en 1985 sous le titre « Shub Niggurath ». Proposé à une seconde vie, nettoyé et magnifié au remastering par le décidément incontournable Udi Koomran, cet album en surprendra plus d’un alors que, pour être franc, on se méfiait un peu de la « fan attitude » qui pousse souvent à rééditer à peu près n’importe quoi. Mais loin d’être un objet de culte inutile, cet album se révèle indispensable à plus d’un titre et, surtout, contient tout ce qui a fait de Shub Niggurath un must dans sa catégorie : la zeuhl de l’extrême !

Pour situer ces Français, il faut se remémorer ce que Magma a pu faire de plus sombre et de plus pesant. Et encore, le groupe va bien plus loin en osant explorer avec un magnétisme impérial toutes les nuances possibles des ténèbres. Pour Shub-Niggurath – « Le bouc noir des bois aux mille chevreaux » décrit par Lovecraft – les abimes sont une délectation dont il se fait le porte-voix. Piano cynique, batterie et basse oppressantes, guitares distordues, cuivres contemporains, chant de sirène maléfique… la formation joue une musique de malades aux allures de marche mortuaire implacable et d’un noir aussi mat qu’un puits un soir sans lune.

En revanche, à l’opposé de la sauvagerie rythmique et des décibels du death metal, mais tout aussi radicales dans ses aspirations, les compositions possèdent une infinité de nuances rappelant les fameuses Leçons de Ténèbres de la liturgie baroque qui mettaient en musique la solitude de la condition humaine, le désespoir et la destruction. Cerise sur le gâteau, mise à par « Yog-Sothoth » que l’on retrouve sur le « chef-d’œuvre inhumain » qu’est « Les morts vont vite », l’album n’est composé que de titres originaux. Tous superbes, il est à signaler le renversant « Entresol » et sa rythmique endiablée digne des plus belles pages du jusqu’au-boutisme propre à King Crimson, et  »In Memoriam », qui referme les enfers avec une impressionnante noblesse.

« Introduction » n’a rien d’une étude grossière exhumée pour assouvir l’appétit des fans. On peut le voir comme le manifeste esthétique et créatif de Shub Niggurath. C’est une gemme aussi magnifique que maléfique qui se paie même le luxe d’un son excellent, supérieur en bien des points aux albums studios postérieurs. Ce n’est pas tous les jours que l’on sort de l’oubli des œuvres d’une telle trempe.

Christophe MANHÈS (progressia.net)

Les entités obscures de Lovecraft sont de retour, retour d’outre tombe pourrait – on dire car l’enregistrement qui nous occupe ici, ressurgit miraculeusement de l’oubli des fins fonds de tiroirs, obscurs comme le Nécronomicon. Heureux, les dépoussiéreurs et rénovateurs de vieilles bandes, ils nous font découvrir des pièces oubliées d’une musique inoubliable. Heureux ces compositeurs fêlés, ils laissent passer la lumière. C’est cette première lumière que nous découvrons dans des enregistrements inédits de SHUB-NIGURATH. Et ce n’est pas Fernande qui me démentira, mais c’est avec les vieilles bandes que l’on a le plus de plaisir. Shub-Niggurath fut formé en 1983, mais ce n’est qu’en 1987 qu’il publia son premier album « les Morts vont vite », un petit bijou enregistré au moment où le groupe atteignait le sommet de sa créativité. II évolue et son second album studio sort en1991. Le groupe réapparaît en 2003 avec un album, « Testament », enregistré en fait en 1994. Au vu de l’évolution de la musique de Shub-Niggurath vers l’expérimental extrême, Jean-Marc, dans la chronique de ce Testament, ne put qu’exprimer son effarance (ce n’est pas français, mais je trouve cela Lovecraftien, progressif et avant-gardiste, RIOns donc). Ici rien de tout ça, que du bon, du tout bon. Ce fameux enregistrement, diffusé sous forme de cassette à l’époque, a servi de démo pour préparer la tournée de Shub-Niggurath de 1985. La musique est un mélange de RIO classique et de Zeuhl. Proche d’Univers Zéro première époque, elle est encore plus sombre. Elle a en commun avec UZ l’emploi de l’harmonium et le jeu de la guitare, mais les basses sourdes et ronflantes ainsi que l’utilisation plus que magistrale du trombone lui donnent une profondeur supplémentaire. La pulsation Zeuhlienne n’est pas aussi poussée que chez Magma, mais le timbre du piano et le chant proche de Stella Vander sont bien présents. Les compositions évoquent également la musique orchestrale de Stravinsky, la musique vocale de Xenakis ou les symphonies de Messiaen, mais avec une puissance et un esprit rock. Album intense et profond à découvrir et à savourer absolument, must absolu pour les fans du genre et tant pis pour les zautres.

Dominique GENIN – PROG-RESISTE numéro 58 – (progresiste.com)

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