ARCHAÏA

ARCHAÏA

(Soleil Zeuhl 01 // CD)

épuisé

ARCHAÏA a été formé fin 1976 par 2 musiciens, tous deux fans de MAGMA : Pierrick LE BRAS et Michel MUNIER.
Chacun d’eux avait précédemment joué avec d’autres groupes rock mais tous deux étaient déçus par le manque d’innovation. Ils recherchaient un groupe qui jouerait une musique différente, proche de la voie ouverte par MAGMA mais cependant pas similaire : leur but était de créer une musique avec seulement des percussions, sans batterie, et en utilisant complètement la guitare, ce que n’a jamais tenté MAGMA.
Philippe BERSAN les a très vite rejoint, au chant et aux percussions.

Afin d’attirer l’attention des maisons de disques, ils décidèrent d’enregistrer un album. En Aout 1977, l’album était prêt, attendant une proposition d’un label.
Un ami, Dominique CALMEL, négocia un accord avec CHORAVOX, un petit label independant qui s’avéra plus tard être le label de référence pour les musiques de fanfares militaires !!!
Sans surprise, l’album se vendit très mal (quelques centaines d’exemplaires), l’essentiel des ventes se faisant par le groupe lui-même lors des concerts. La musique est sombre, propulsée par la basse de Michel MUNIER, scandée par les vocaux païens de Philippe BERSAN et survolée par la guitare fuzz au vitriol de Pierrick LE BRAS. Le tout au sein de morceaux très construits. Les racines d’ARCHAÏA trouvent leur origine dans le son de J. TOP, pas dans celui de C. VANDER, et leur propre vision fit le reste.

La musique a été comparée à celle de MAGMA à l’époque de UDU WUDU, à celles de groupes progressifs comme ARACHNOID, KING CRIMSON époque RED ou encore à celle d’HELDON époque INTERFACE. En réalité leur musique était profondément originale et 20 ans plus tard elle l’est toujours.
En 1978, ARCHAÏA était en tournée, avec un batteur : Patrick RENARD (voir les morceaux bonus 10 et 11 du CD), mais comme aucune compagnie de disques ne se manifestait, le groupe s’est dissout.
Avant cela, courant 1978, suffisamment de morceaux étaient prêts pour un éventuel second disque, cette fois avec un batteur. Malheureusement, au début des années 80 Pierrick LE BRAS vendit les bandes à un marché aux Puces et depuis elles ne réapparurent jamais. Le groupe n’en ayant conservé aucune copie, elles sont probablement perdues à jamais…
Michel MUNIER partit rejoindre certains membres d’ASIA MINOR au sein du groupe progressif GRIME (réédition CD disponible sur MUSEA, Michel jouant sur les morceaux bonus du CD) avant de quitter la scène musicale.

Au fil des années, la réputation du disque d’ARCHAÏA grandit parmi les amateurs de ZEUHL mais aussi d’AVANT-GARDE et d’ÉLECTRONIQUE. Il a acquis un statut légendaire et une réédition était attendue depuis longtemps.
Ce disque a été cité par NURSE WITH WOUND sur leur liste de 1979 comme étant un de leurs disques favoris.

C’est un chef d’œuvre de la scène Progressive/Avant-Garde française.
Aujourd’hui, dans les conventions de collectionneurs, le disque vinyle se négocie aux environs de 2 000 Frs.
Vous pouvez lire ci-après les différentes chroniques, de la réédition CD, parues dans divers magazines en 1999.

Attention, réédition en CD de ce qui est peut-être l’album définitif d’acid-rock…
Écoutez bien, et retenez ce que je vais vous dire, car ce qui est à votre portée, là, ce n’est pas seulement, et de loin, la réédition de l’année, mais aussi, en soi, l’un des remèdes les plus puissants sur lequel une tête chercheuse illuminée et déterminée puisse mettre la patte. Vous avez peu de chance, dans cette vie ou une autre, de rencontrer une musique qui va vous roussir les synapses et vous tatouer le cerveau de cette manière-là.

Interrogez n’importe quel collectionneur sérieux de vinyl psyché ou progressif, et il vous dira qu’il n’hésitera jamais à sortir 600 dollars pour le disque d’ARCHAÏA quand il est trouvable, ce qui ne se produit pratiquement jamais. Pas surprenant, et même logique, car cette bombe mentale assassine se tient au sommet des monstres lysergiques français des seventies, au milieu de cette élite distinguée qui comprend Heldon, Lard Free, Spacecraft et Igor Wakhevitch. Une musique qui est une vibration emplie de suspense tendu, profondément hantée et totalement inquiétante. Aux antipodes des efforts soniques du Krautock, que ce disque ainsi que ceux des 4 artistes susmentionnés réduisent à néant.

Dès l’entrée dans le disque, l’auditeur se trouve enveloppé dans d’épaisses vagues, un tourbillon de chaleur analogique qui vous mène à un état de suspension amniotique, tandis qu’une clochette fait surgir des profondeurs une basse énorme au phasing subaquatique. Puis vient une phrase de synthé obsédante, dont les accents chantants font frissonner et donnent la chair de poule à chaque écoute. Voici qu’arrivent soudain les voix de Pierrick le Bras et de Philippe Bersan, chÏur habité et marqué par le sceau du destin. Le dossier de presse qu’envoie le label Soleil Zeuhl voudrait vous faire croire qu’il s’agit des voix mêmes de la Zeuhl (c’est à dire répétitives, incantatoires et lyriques, la marque de l’école Zeuhl, ce jazz progressif wagnérien né dans le sillage du groupe français Magma). C’est bien possible. Mais dans le cadre de cette musique là, le sentiment qui se dégage est tout autre. C’est surtout cette impression étrange de quelque chose qui demeure et échappe à la fois, mais bon sang, ce qui est sûr, c’est que ça fait froid dans le dos. Arrive ensuite ce qui est tout simplement le son de guitare le plus fêlé, le plus acide jamais entendu. Fils métalliques en prise directe sur le cerveau, zéro défaut…

Et tout le reste est de ce niveau là… Progressivement, l’auditeur est plongé dans les abysses, à mesure qu’ARCHAÏA concentre ses flèches sur votre troisième Ïil avec une précision laser et une détermination sans faille. On peut appeler sa mère cent fois, rien n’y fera. Le groupe ne lâchera pas le morceau, et on comprend qu’il a bel et bien l’intention de faire ce qu’il veut de votre cerveau…
C’est quelque chose ! ARCHAÏA est littéralement trop bon. Et comme toute chose trop bonne est toujours chose bonne à prendre, vous savez ce qu’il vous reste à faire…

Éric LUMBLEAU, extrait de ALTERNATIVE PRESS, juin 99 ( USA )

Ah, de nouveaux grondements chthoniens venus des autres mondes invisibles et souterrains autour de la planète Magma. De la terre surgissent d’anciens échos de 1977/1978, qui viennent éclater en lumière numérique et se réfléchir en 1998. La Zeuhl revit. Des aliens magmoides ont manifestement pénétré l’ADN d’Archaïa. Ce n’est pas vraiment Magma, mais qui voudrait d’une copie de Magma  ? Pourtant, c’est aussi Magma. Magma retravaillé, profilé, réinterprété à la lumière de l’étrange. Bizarre, mais de valeur. Ici, ni vocaux féminins apaisants, ni cris vandériens stridents et castrés. Nous sommes plutôt du coté du sombre et du menaçant. Nous suivons l’avance des armées de la nuit. Cool, quoi…

La ressortie en CD en 1998 de cette folie magmaesque propose onze morceaux, dont 3 inédits, les 2 derniers live. Un vrai plaisir. Des guitares fantastiques et déjantées, des vocaux bizarres en français, et, totalement exubérante et en chaleur, une basse énorme avec des tonnes d’effets, le tout tournant et se contorsionnant, atteignant des dimensions zeuhliennes fêlées. J’espère pour vous que vous aimez la distorsion à la guitare, les synthés pas idiots et les basses trafiquées proches du rituel. Un son totalement daté, mais bon dieu, c’est moins triste qu’un baril de Vanders ! Vous y entendrez des synthés passés par chez Tonto’s Expanding Head Band, des entrelacs de guitare qui en d’autres temps visitèrent la Gibson SG de Manuel Göttsching, et bien d’autres choses du meilleur goût que je préfère vous laisser découvrir tous seuls.

Pas d’hésitation, plaisir garanti. À la guitare, aux claviers et aux voix : Pierrick Le Bras. Michel Munier à la basse, superbe spirale tordue et innovante. Philippe Bersan aux voix, claviers et percussions. Patrick Renard à la batterie, ainsi que Alain Evrard, claviers et batterie. Hautement recommandé aux Zeuhliens et Magmadites.

John W. PATTERSON, PROGRESSION Magazine (USA), 1999

Écoute ! SOLEIL ZEUHL est un nouveau label Français qui, pour des raisons évidentes, a besoin de votre soutien. J’allais écrire une chronique de ce disque pour l’article  » La ménagerie  » (qui traite des disques progressifs Français encore inédits en CD – NDT) de la page 24, mais pendant que je dressais la liste, la réédition de l’album éponyme d’ARCHAÏA était en cours. Une très bonne nouvelle car ce disque est inestimable. Des compositions de MAGMA arrangées par LUCIFER ? Une collaboration entre Peter FROHMADER et ART ZOYD ? Des albums comme celui-ci sont si originaux qu’ils sont presque impossibles à décrire. La musique est sombre et d’ailleurs, chtonique. Un étrange mélange de synthétiseurs analogiques qui rappelle PANDEMONIUM, entremêlé avec une basse ala CRIMSON et une guitare fuzz toute en distorsion. Les vocaux sont entêtants, comme KLAUS BLASQUIZ dans une mélopée de SYD BARRETT : chromatique, pressant, psychédélique.Il y a très peu de percussions sur la première moitié du LP d’origine, la basse servant souvent de séquenceur. Les passages de synthétiseurs, dissonants, bourdonnants et mêlés aux compositions sont les éléments les plus originaux de l’album. Il y a probablement là une influence de HELDON. Il n’y a toujours pas de batterie au sens habituel du terme sur ce qui était la seconde face de l’album, bien que les sons de percussions y soient plus prononcés. Il n’y a pas de doute, ce groupe appartient bien à la mouvance de MAGMA mais il n’est nullement un clone, l’électronique étant très présente.

Au final, ce disque plaira aux amateurs de ZEUHL, du courant ROCK IN OPPOSITION ainsi qu’à certains amateurs de psychédélique et d’électronique. SOLEIL ZEUHL a ajouté trois excellents morceaux supplémentaires :  » ARMAGEDDON  » qui est un enregistrement studio de 1978 et deux enregistrements live de 1978 sur lesquels figure Patrick RENARD à la batterie. Un album fantastique, d’une grande imagination, une inauguration de grande intelligence pour le nouveau label.

Mike Mc LATCHEY, extrait de EXPOSE ( USA ) n° 17, mai 1999

La réédition de la fin 1998, celle qui arrive pour Noël dans la plus totale surprise. Imaginez donc : ARCHAÏA, trio français opérant dans les années 1977, formation plus ou moins oubliée de par le prix de vente prohibitif de son unique album, retrouve une seconde jeunesse vingt ans plus tard grâce à l’initiative d’un label mystérieux au nom évocateur : Soleil Zeuhl. Et Alain Lebon, maître rééditeur sur ce coup là, a décidé d’inaugurer ce mini-label dédié (on s’en serait douté…) aux musiques Zeuhl, il faut avouer que son premier choix est excellent.

ARCHAÏA, c’est la rencontre improbable de Magma sans batteur, Art Zoyd sans violons et d’une bonne dose d’humour pataphysique. C’est donc un trio original, qui a oublié de se réfugier dans la copie stérile des modèles en vogue à l’époque. Zeuhl, sa musique l’est, mais subtilement, ne cédant pas à l’emphase et aux envolées lyrico-grandiloquentes de certains clonages loupes du groupe de Christian VANDER. Sans batterie, mais avec une guitare (Philippe Le Bras), des jeux de claviers originaux clairsemés qui débitent des textes apocalyptico-pataphysiques, c’est donc un tournant original qu’avait pris cette musique pas si loin des stridences crimsoniennes.

Réédité ici en un luxueux digipack et agrémenté d’un son excellent ainsi que de trois titres live qui sont plus que des documents, voici un pressage CD inattendu mais totalement justifié et sûrement une des meilleures rééditions des années Zeuhl de la France des années 70. À quand le prochain ?

Jérôme SCHMIDT, extrait de ARTZERO webzine, 1999

Encore une nouvelle rareté Zeuhl rééditée en CD. Ce disque rare et recherché, valant en vinyle original plusieurs centaines de dollars si vous pouvez le trouver, est issu de l’influence progressive rock de Magma. Archaïa a commencé en trio, guitare, basse et claviers, avec des vocaux et occasionnellement des percussions.

Enregistré en 1977, ce CD révèle un son de guitare quelque peu daté, trempé dans la fuzz, (ce qui réjouira les amateurs de psychédélisme et de vieille progressive), un son d’orgue bon marché et un son et style de basse qui s’infiltre (quoique avec moins de distortion) avec ce côté éructant, cette attaque rythmiquement orientée, cette sonorité typique du style du bassiste de Magma, Jannick Top, et de ses descendants. Il a également ce son  » underground  » de la fin des années 60, début 70, enregistré sans moyens, mais de telle manière que cela ajoute à son caractère.
Le chant varie entre un étrange baryton fin et fluet et un ténor grave et luxuriant avec un riche vibrato qui rappelle Klaus Blasquiz de Magma. Archaïa tente de créer un aspect remarquablement bizarre de la musique Zeuhl et y arrive.
« Soleil noir » ressemble plutôt au travail d’un autre groupe Zeuhl, Eskaton, mais remplaçant les voix féminines par des voix masculines, qui chantent une étrange harmonie mélodie progressive française.

Le synthétiseur oscillant aigu de  » Le grand secret  » doit sans aucun doute à  » Tröller Tanz  » du †D† W†D† de Magma.
La guitare écho-complexe et répétitive, les structures bourdonnantes, le timbre vrombissant du synthétiseur et le ténor cosmique de  » Sur les traces du vieux Roy  » suggèrent un mélange de Terry Riley, des premiers Tangerine Dream, et de Pink Floyd après le départ de Syd Barrett, le tout coloré par des influences Magmaoïdes.
En plus, Soleil Zeuhl a réussi à exhumer trois morceaux bonus, auparavant jamais sortis. À partir de 1978, quand ces pistes ont été enregistrées, (une en studio, les deux autres en public), la formation a changé, ajoutant un batteur et un nouveau clavier pour les pistes live.

Dean SUZUKI, de GOLMINE Magazine, juillet 99

Haut de page